J’ai fait assez de boulettes cette année pour rassasier les amateurs de meubles suédois dans un de ces grands magasins bleus pendant un jour de soldes.
La dernière boulette a consisté tout bêtement, et avec la meilleure intention du monde, à éduquer mes élèves de 6P aux événements tragiques de la seconde guerre mondiale après avoir constaté que de leur point du vue nord-américain, cette guerre a commencé avec l’attaque du Japon sur la base militaire de Pearl Harbor (événement qui représente effectivement l’entrée en guerre de l’armée américaine) et a impliqué ces deux nations, le reste étant plus ou moins flou.
J’ai trouvé sur l’étagère des DVD français de ma collègue d’échange, le film français avec Gérard Jugnot, « Monsieur Batignole ». Ce film raconte l’histoire d’un brave boucher français qui aide un enfant juif à échapper aux Allemands durant la seconde guerre mondiale.
J’ai vu ce film à la télévision il y a quelques années et me souviens l’avoir trouvé très touchant. Comme les élèves avaient déjà adoré regarder « les choristes » en début d’année, je n’ai pas hésité une seconde à visionner ce film en classe.
La boulette est que je ne me souvenais absolument pas (et excusez-moi si mon éducation et ma sensibilité européenne n’ait pas été heurtée par ce détail) que lors d’une scène de banquet d’officiers allemands, des danseuses du ventre peu vêtues se déhanchaient en arrière plan. L’infamie ultime fut lorsque l’une d’elles dévoila, durant grosso modo 3.5 secondes, sa poitrine dandinant au rythme de la musique orientale.
3.5 secondes d’horreur, d’insanité, d’expressions de dégoût, de mains se cachant les yeux ont accompagnés ce malheureux passage du film. (Je parie que vous avez le sourire en coin, tout comme moi, qui me délecte à raconter cette histoire!).
A premier abord, j’ai presque eu envie de dire à ces élèves (12-13 ans quand même), de se détendre : « vous n’avez jamais vu une paire de seins ou bien?! »… je me suis abstenue… J’ai préféré leur expliquer les différences culturelles entre l’Europe et l’Amérique du nord en matière de contenu choquant dans les films. Nous sommes plus ouverts et plus libres au niveau de la nudité et des contenus plus ou moins érotiques mais sommes plus regardant ou niveau des contenus violents (souvenez-vous de ma réaction au film « Hunger Games ».
Bon, l’incident étant clos, j’ai quand même quitté la classe avec le sentiment que tout ça allait encore me retomber dessus. « Je suis l’enseignante qui montre des films pornographiques à des enfants ». Cet événement tragi-comique, dans le climat actuel (cf. post à venir du 29 juin) n’était franchement pas indispensable.
A ce point-là, je suis sûre que cette histoire peut vous paraître exagérée, mais c’est la mentalité nord-américaine, ultra puritaine et prude qui m’est apparue dans son plus simple appareil (facteur aggravant : je travaille dans une école catholique, mais les élèves d’une école publique auraient réagi pareillement).
Bon, au vu de la réaction des élèves, j’ai préféré prendre les devants et écrire un mail à ma principale pour lui expliquer ce qui s’était passé, tout en m’excusant de cet impair. Ella a répondu sèchement qu’elle était convaincue du fait qu’elle allait avoir des appels de parents et qu’elle me convoquait dans son bureau à la première heure lundi matin, afin de discuter, je cite, des prochaines étapes. A ce moment-là, je pressens ne pas passer le meilleur week-end de ma vie. Nous sommes vendredi, 16 heures, et je n’ai plus que 64 heures à vivre.
Heureusement que le soutien téléphonique à distance existe et quelques « coups de Skype » plus tard, je peux reprendre mon calme et essayer de ne pas trop y penser.
Lundi matin, l’estomac noué, je m’attends au pire lorsque je franchis le pas de la porte du bureau de la principale.
Bon, finalement, elle s’est montrée plus tendre que d’habitude, j’ai donc pu exposer clairement mon point du vue et mes objectifs, dans un anglais bien construit et sans perdre mes mots (cette personne en particulier prend un plaisir intense à user de son rang hiérarchique pour m’impressionner et me faire perdre mes moyens). De mon point de vue, visionner un film tel que celui-ci a une portée instructive car cela permet de toucher le domaine de l’Histoire du XXème siècle, de discuter des différentes religions (cf programme des écoles catholiques), exercer les compétences en matière de compréhension orale car les sous-titres ne sont une option que dans le menu des DVD, pas dans mon cours et finalement d’expression orale, quand il s’agit de répondre à mes questions en français. Bref, il y a milles façons d’exploiter un film dans un cours de langue.
Malgré tous ces points justifiant l’usage de films durant un cours, je me suis laissée entendre dire que visionner des films durant les leçons de français était une perte de temps et ne relevait d’aucun intérêt éducatif (!). D’autant plus que je n’ai pas fait preuve de responsabilité en montrant un film qui était marqué « PG » (parental guidance)… sauf que le sigle « PG », je ne savais pas ce que c’était, et que je suis encore une fois passe pour une poire quand je lui ai demandé de me montrer où, sur la pochette du DVD, je pouvais trouver ce fameux sigle.
De retour dans mon bureau, j’ai tout de suite contrôlé tous les DVD de l’étagère et j’ai constaté que « Maman j’ai râté l’avion » et « Nanny McPhee » étaient marqués également du fameux sigle « PG »…
Enfin bref, tout ça pour deux malheureux petits tétons. Dans des moments comme celui-ci, je me réjouis vraiment de rentrer.
Voici deux photos de vendredi, fameux jour de la boulette. Ce jour-la, les élèves avaient un jour spécial sans uniforme, « Pyjama day », et cela va sans dire que certains étaient presque à poil ou portaient des trucs faits pour aller au lit, en tissus confortable mais fin, quasiment transparent. ABE
N.M, Toronto, le 9 mai 2012